Constellations familiales : avoir tout pour être heureuse, et pourtant
Tout pour être heureuse, et pourtant : ce que les constellations familiales révèlent
« Mais qu'est-ce qui ne va pas chez toi ? »
Pendant des années, je me suis posé cette question. Le soir, souvent. En silence, toujours.
J'avais un mari formidable, deux enfants merveilleux, un métier stable, une maison. Tout ce qui, dans notre société, veut dire : tu as réussi. Et pourtant, à l'intérieur, comme le dit si bien Anne-Chantal Junod : la Bérézina.
Le plus lourd n'était pas le mal-être. C'était la culpabilité d'aller mal sans raison.
C'est cette question qui m'a donné envie d'inviter Anne-Chantal dans Les Voix Otentik. Parce qu'elle a vécu exactement ça, et qu'elle accompagne aujourd'hui celles et ceux qui le vivent encore, notamment à travers les constellations familiales.
Avoir tout pour être heureuse… et ne pas l'être
À un peu plus de 30 ans, Anne-Chantal avait ce qu'on lui avait présenté comme le Graal : un métier qu'elle aimait, une belle maison, un mari aimant et soutenant, des finances fluides, des enfants en pleine santé. Une vie de carte postale.
Elle avait suivi le programme : des études, un métier, un mariage, des enfants. On lui avait laissé entendre que le bonheur suivrait.
Il n'a pas suivi. Et avec le vide est arrivée la honte : comment peut-on se sentir mal quand on a tout ce qu'il faut pour être heureuse ?
Si cette question te parle, sache une chose. Ce n'est pas de l'ingratitude. C'est souvent le signe que quelque chose, en toi, demande à être vu.
Quand le corps n'oublie pas : le parcours d'Anne-Chantal Junod
Enfant, Anne-Chantal a été mise à l'écart à l'école. À 12 ans, elle prend une décision : se mettre dans le moule, pour ne plus jamais revivre ça. Elle le fait, tout en sachant au fond que ce n'est pas elle.
Elle devient enseignante. Pendant 30 ans, elle apprend à lire à des centaines d'enfants, jusqu'à accompagner des élèves en grande difficulté dans une institution spécialisée. Elle aime profondément ce métier.
Puis un jour, son équipe est convoquée par l'administration pour avoir accueilli deux élèves de moins dans une classe, parce que les situations étaient trop lourdes. Elle sort de cet entretien en état de choc. Et elle oublie.
« J'ai oublié. Sauf que mon corps n'a pas oublié. »
Insomnies, troubles digestifs, douleurs articulaires, rendez-vous chez l'ostéopathe toutes les deux semaines. Une demande de congé refusée. Quelques mois plus tard, une démission que personne n'a vue venir.
Ce qui frappe dans son récit, c'est cette lucidité : elle ne s'était pas coupée de son corps. Elle sentait très bien la fatigue et les douleurs. Elle n'avait simplement pas envie d'écouter. Comme elle le dit : on est toujours plus sage pour les autres que pour soi-même.
La graine de pommier qui voulait donner des cerises
C'est sans doute l'image la plus forte de l'épisode.
Anne-Chantal explique que nous sommes comme une graine. Il y a une part visible, notre personnalité, tout ce qu'on met en place pour être vu, aimé, reconnu. Et une part invisible, qui porte un germe.
Si ce germe est celui d'un pommier, notre contribution au monde, c'est de donner de belles pommes. Mais l'éducation, la culture et la société nous soufflent qu'il serait tellement mieux de donner des cerises. Alors on essaie. Et ça fait mal à l'intérieur, sans qu'on sache pourquoi.
Certaines personnes vivent ainsi toute leur vie sans en souffrir, parce que leur graine est encore profondément enfouie. Mais quand le germe commence à pousser vers la surface, le désalignement devient impossible à ignorer.
Moi, j'avais compris depuis longtemps que ma vie d'avant n'était pas la mienne. Ce que cette image m'a offert, c'est celle que j'aurais aimé qu'on me tende à l'époque, ces soirs où je me demandais ce qui clochait chez moi. Je n'étais pas défaillante. J'étais un pommier.
Que sont les constellations familiales ?
Les constellations systémiques et familiales sont une approche créée par Bert Hellinger. C'est une méthode phénoménologique : on observe ce qui se passe, sans plaquer d'interprétation.
Concrètement, on place des personnes dans l'espace pour représenter les membres d'un système. Ce qui se passe dans leur corps et leurs émotions, leurs mouvements, leurs ressentis, permet de comprendre où se situe le blocage et ce qui a besoin d'être libéré.
Tout système cherche l'équilibre. Mais cet équilibre se fait parfois au détriment d'une ou plusieurs personnes. Ce qui, dans notre lignée, est allé à l'encontre de la vie peut se manifester chez nous sous forme de blocages : travailler beaucoup sans parvenir à gagner sa vie, une colère qui explose sans raison apparente, des schémas qui se répètent.
Pour Anne-Chantal, une constellation, c'est avant tout un processus qui permet de refaire circuler l'amour là où il a été bloqué.
Les trois principes qui régissent tout système
En observant les familles, Bert Hellinger a dégagé trois principes, valables aussi dans une entreprise ou une association :
- L'ordre : ceux qui sont arrivés avant ont précédence. Il s'agit de reconnaître ce que les anciens ont apporté au système, avec gratitude et humilité, sans pour autant approuver tout ce qu'ils ont fait.
- L'appartenance : toute personne qui fait partie d'un système y a sa place. Exclure quelqu'un crée de la souffrance, jusqu'à ce qu'il soit réintégré.
- L'équilibre entre donner et recevoir : il doit circuler entre les membres d'un système. La seule exception, ce sont les parents, qui donnent plus à leurs enfants. Ceux-ci donneront à leur tour à la génération suivante, ou à un projet de cœur.
Constellations familiales ou psychogénéalogie : quelle différence ?
Anne-Chantal a pratiqué les deux. En psychogénéalogie, on part de ce qu'on connaît : on fait des recherches, on reconstitue l'histoire familiale, on établit des liens.
Dans une constellation, on n'a pas besoin de savoir. On peut se libérer d'un secret familial sans en connaître le contenu, parfois même sans savoir à quelle génération il appartient. C'est ce qui permet de révéler les dynamiques inconscientes qu'on ne voit pas.
Soulagement passager ou vraie transformation ?
C'est la question que j'ai posée à Anne-Chantal, parce qu'elle m'appartient. Tu sais, ce soin dont on ressort légère, puis quelques jours plus tard, tout revient.
Pour elle, la différence est simple : une vraie transformation fait qu'on ne retombe plus dans le même schéma. Elle se passe au niveau de l'identité.
Elle l'illustre avec l'histoire d'une personne qui descend la même rue chaque jour. Il y a un trou, elle tombe dedans. Puis elle le voit, et tombe quand même. Jusqu'au jour où elle le voit et passe à côté. Il y aura sans doute un autre trou plus loin, mais ce sera une autre histoire.
Les hauts et les bas ne disparaissent pas. C'est la manière de les traverser qui change. Avant, pour Anne-Chantal, c'était la tempête. Aujourd'hui, c'est léger.
Elle ajoute une précision précieuse : ce qu'on appelle la zone de confort n'est pas confortable. Elle est seulement connue. Et ce connu peut être très douloureux.
Le moment Otentik : une visualisation pour ouvrir le cœur
À la fin de l'épisode, Anne-Chantal offre une visualisation guidée pour ouvrir le cœur. Il n'y a rien à comprendre, juste à vivre. C'est une pratique que tu peux refaire chaque fois que tu en as besoin, pour toi, pour les personnes que tu aimes, ou pour le monde.
Elle nous laisse aussi une question, à se poser dans les moments de conflit intérieur :
« Que déciderait l'amour à cet endroit-là ? »
Pour aller plus loin : Écoute l'épisode complet avec Anne-Chantal Junod sur Les Voix Otentik, disponible partout où tu écoutes tes podcasts et sur YouTube.
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