Peur de vendre : quand la vente devient un chemin de guérison

Trop empathique pour vendre ? Quand la vente devient une guérison

Beaucoup de personnes qui accompagnent les autres portent un message profond, et n’arrivent pas à le proposer. Vendre leur semble froid, intrusif, presque contraire à leurs valeurs. Jérémie Fonvieille a longtemps pensé la même chose. Il a passé six ans à parcourir le monde en rejetant tout ce qui était matériel. Et c’est pourtant la vente qui l’a réconcilié avec son humanité.

Dans cet épisode des Voix Otentik, il raconte comment un enfant qui ressentait tout de l’autre est devenu un caméléon, pourquoi l’empathie peut rendre la vente si inconfortable, et ce qu’il appelle la vente non duelle.

Une enfance dans les montagnes, puis la cour en béton

Le petit Jérémie grandit dans une vallée des Pyrénées, entre deux parents accompagnateurs en montagne. Ses premiers souvenirs sont des souvenirs de joie pure : courir dans les descentes, une main dans celle de chaque parent, comme s’il volait.

Puis ses parents se séparent. Ce n’est pas la séparation qui le fracture, mais le départ. Avec sa mère, il quitte sa vallée et ses copains pour un HLM et une école à la cour en béton. Sa mère traverse une période très difficile. Et l’enfant sent qu’il est en danger : la personne qui prend soin de lui ne va pas bien.

Alors il trouve une stratégie. Tout faire pour que tout se passe bien. Il commence à vivre à travers l’autre.

Le pouvoir du caméléon

Cette stratégie devient un super-pouvoir. Jérémie sent intuitivement ce que l’autre veut, parfois avant que l’autre lui-même ne le sache. Il entre en lien facilement, il plaît partout. Il appelle ça le pouvoir du caméléon.

C’est ce qu’on appelle la suradaptation : s’ajuster en permanence au regard de l’autre pour être aimé, accepté, en sécurité. Au départ, elle a une vraie fonction. Elle aide un enfant à traverser ce qu’il ne peut pas changer. Mais à l’âge adulte, elle a un prix.

Le jour où ça n’a plus marché

Vers 30 ans, Jérémie se met en couple. Et il rencontre sa belle-fille, une enfant d’une intégrité qu’il dit n’avoir jamais vue ailleurs. Avec elle, son jeu de séduction, si subtil qu’il n’en avait même pas conscience, ne fonctionne pas.

Il décrit cette rencontre comme une initiation très douloureuse, et en même temps comme une très grande guérison. Parce qu’elle l’oblige à regarder ce mécanisme en face : s’adapter, plaire, pour être aimé. Et à reconnaître qu’en chemin, il avait oublié des parts de lui.

Aujourd’hui, à 42 ans, il dit être encore sur ce chemin de retour vers son intégrité. Et c’est peut-être le chemin d’une vie.

Six ans sac au dos, et le vrai courage

Avant ses 30 ans, Jérémie a vécu six ans à voyager sur tous les continents, avec presque rien. Pas de grand projet, plutôt une impossibilité de continuer comme avant, et une intuition : il devait se dépouiller de tout pour retrouver son essence.

Ce voyage le reconnecte à quelque chose de plus grand que lui : des synchronicités, des rencontres déterminantes, un maître indien qui lui donne une colonne vertébrale spirituelle.

Mais ce qu’il en dit aujourd’hui surprend. Pour lui, cette vie de moine errant était presque une zone de confort. Ce qui demande vraiment du courage, c’est d’incarner tout ça dans la vie ordinaire : un travail, une maison, un couple, une famille.

La vente, un chemin de réconciliation

De retour en France, Jérémie découvre le setting, puis le closing. La première semaine, il réserve sept rendez-vous pour la coach qui l’a recruté. Le premier mois, les ventes s’enchaînent.

Mais il découvre surtout autre chose. Pour quelqu’un d’aussi empathique, vendre est inconfortable. Il n’y a pas de vente sans aborder ce qui brûle, sans oser poser les questions qui vont toucher l’autre. La tentation est grande de se protéger, de rester vague, de ne pas proposer.

C’est en restant présent dans cet inconfort que Jérémie a guéri. La vente l’a ramené dans son corps, dans son ventre, dans son humanité.

Elle lui a aussi fait comprendre une chose. Beaucoup de personnes rejettent la vente parce qu’elles en ont vu les dérives. Mais en la rejetant, elles se privent aussi de pouvoir vivre de ce qu’elles portent.

Avec le recul, il porte un regard lucide sur ses débuts : l’ambition crée un feu souvent tourné vers soi, et sur l’autel de l’accomplissement de soi, on peut sacrifier des parts de l’autre. Un pas de trop pour convaincre. Une personne embarquée alors que ce n’était pas pour elle.

C’est de là qu’est née la vente non duelle : vendre sans s’oublier, et sans sacrifier l’autre. Une posture, plus qu’une méthode.

Ce qu’on fait compte moins que l’endroit d’où on le fait

Jérémie partage une conclusion qui va à contre-courant. Selon lui, ce qu’on fait n’a pas tant d’importance. Ce qui compte, c’est l’état de conscience depuis lequel on le fait. Il pourrait être boulanger. Il est commercial. Et chaque jour, il essaie de donner le meilleur de lui-même, présent à l’instant, détaché du résultat.

Il pose aussi une question délicate : beaucoup de personnes qui veulent changer le monde le font depuis une blessure. Elles cherchent, au fond, à réparer leur propre douleur. Ce n’est pas un problème. C’est humain. Mais ça vaut la peine de le voir.

La voix, un secret pour ouvrir le cœur

Pour Jérémie, la voix est profondément liée au cœur. Quand la gorge se dénoue, par le chant, les mantras, les bhajans, le cœur s’ouvre aussi.

Et pourquoi coupe-t-on sa voix ? Sa réponse est désarmante : parce qu’un enfant, pour un adulte, c’est souvent dérangeant. Alors on entend des dizaines de fois « tais-toi, c’est pas le moment ». Et l’enfant en tire ses propres conclusions : je ne dois pas valoir le coup, je ne suis pas légitime.

Un lien de plus avec la vente : oser proposer ce qu’on porte, c’est aussi oser faire entendre sa voix.

Le moment Otentik : une méditation de réconciliation

À la fin de l’épisode, Jérémie nous guide dans une méditation de réconciliation. Il nous invite à revenir dans le corps, à lâcher tout objectif, et à imaginer une chose rare : que la vie n’attend rien de nous. Que personne n’attend plus rien de nous.

Dans cet espace, on peut relâcher les attentes qui ne sont plus justes pour soi, et se relier à cette part de nous qui a toujours été là, qui ne nous aime pas pour ce que l’on fait, mais pour ce que l’on est.

Pour aller plus loin : Écoute l'épisode complet avec Anne-Chantal Junod sur Les Voix Otentik, disponible partout où tu écoutes tes podcasts et sur YouTube.

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